Tout le malheur commence par une seule chose

Ah, mon Dieu, Élodie, tu te moques de moi ? Tu retournes encore chez ta maman ?

Et tu proposes quoi ? La laisser dans le froid, sans électricité ni eau ? sindigna son mari, fouillant dans son sac. Toi, tu ferais ça avec tes parents ?

Tu sais, mes parents ne me mettent pas dans cette situation. Ils savent que jai une famille et ne membarquent pas dans des galères pareilles. Mais ta mère, elle commença Clara.

Arrête de râler. Tu sais très bien que je dois laider, la coupa Louis, agacé.

Je comprends. Mais ça me blesse quand même. Pas parce que les garçons vont oublier qui est leur père, mais parce que tu ne fais même pas leffort de lui apprendre à se débrouiller. Elle a voulu cette vie, quelle assume ! Toi choisis : ta famille, cest là-bas en Provence ou ici ?

Clara tourna les talons et partit vers la chambre. Trente secondes plus tard, la porte dentrée claqua. Louis était parti. Elle restait seule avec leurs fils, à qui elle avait promis une balade familiale dans le parc.

Encore une fois, leur père avait déserté. Et tout retombait sur Clara.

Il y a deux ans, tout était différent. Elle se souvenait très bien de ce jour. Ils étaient allés chez ses parents, emmenant au passage Marguerite, la mère de Louis, pour quelle ne sennuie pas seule. Elle sentendait plutôt bien avec ses beaux-parents, alors personne ne voyait dinconvénient.

Alors quils buvaient du thé sous la tonnelle, Marguerite eut une « idée géniale » qui bouleversa leur vie.

Oh, comme cest agréable ici ! dit-elle en respirant profondément. Il faudrait que je minstalle à la campagne, moi aussi. Parfait pour mon âge. Le calme, lair pur

La mère de Clara eut un petit rire. Elle crut dabord que Marguerite rêvait tout haut.

Cest bien quand on est en visite, répliqua-t-elle. Mais sans un homme à la maison, cest compliqué. Cest pas des vacances, hein. Tout le temps quelque chose à réparer. Et toi, ma pauvre, excuse-moi, mais tu nes pas faite pour ça.

Marguerite pinça les lèvres, même si elle navait pas vraiment de quoi se vexer. Elle nétait pas paresseuse, mais traînait une fatigue chronique, même sans rien faire.

Oh, je ne vais pas moccuper dun potager ou dune basse-cour ! Juste quelques fleurs et des arbres. Pour masseoir à lombre et profiter de la beauté des lieux. Et les petits-enfants adoreront. Je leur achèterai une piscine gonflable, ils courront dans lherbe au lieu de respirer les gaz déchappement.

Les fleurs et les arbres, ça demande aussi du travail. Toi, tu te plains déjà en appartement, où il ny a presque rien à faire, fit remarquer la mère de Clara avec indulgence.

Tu crois quon a une maison par amour du labeur ? ricana le père. En théorie, cest idyllique, mais en vrai, une maison, cest un tonneau sans fond. Aujourdhui, cest la chaudière, demain le toit, après-demain la clôture. Et tout coûte cher. On se débrouille comme on peut.

Bah, on verra. Je ne suis pas seule, répondit Marguerite avec entêtement, jetant un regard à Louis.

Clara leva un sourcil mais ne dit rien. Influencer sa belle-mère était plus difficile que dempêcher une chèvre affamée de brouter le potager.

Ce jour-là, Marguerite ne discuta plus, se contentant de sourire comme la Joconde. Six mois plus tard, elle faisait fièrement visiter sa nouvelle maison, sextasiant devant le parfum des roses du voisin. La maison était bien, avec tout le confort.

Vous voyez ? Et vous ne me croyiez pas ! Maintenant, je ne remettrai plus les pieds en ville, déclara-t-elle avec assurance.

Mais le bonheur fut de courte durée. Dabord, Marguerite demanda à Louis de laider pour une rénovation. Ça traîna six mois, car il ne venait que le week-end. Clara râlait mais patientait, croyant que ça finirait.

Puis lélectricité sauta pendant deux jours. Plus deau, plus de lumière. Louis partit avec des bouteilles et du Valium pour calmer sa mère en panique.

Tout est à larrêt ! Et avec cette chaleur Pas de clim, pas de douche Un cauchemar ! Je ne vis pas, je survis !

Ensuite, Marguerite recueillit un chien errant, soi-disant temporairement. Problème : le pauvre avait des soucis rénaux. Pas de vétérinaire à la campagne, alors direction la ville avec Louis, bien sûr.

Bon, le pauvre est malade Mais au moins, jai un gardien, roucoula Marguerite en caressant le chien.

Clara dut laver la voiture, le chien ayant le mal des transports. Et ce nétait pas fini : il fallait des croquettes spéciales, introuvables là-bas. Louis devint livreur.

Je vais pas abandonner maman avec un animal malade ! Tu la connais, elle a bon cœur. Elle se sentirait coupable.

Oui, bon cœur. Pour les chiens, mais pas pour les gens, hein ?

Louis passait tous ses week-ends chez sa mère, parfois même en semaine. Et il y dormait.

Si je rentre, vous serez déjà couchés. Là, je pars tôt demain pour le boulot.

Clara espérait que ça sarrangerait, mais non. Fuites, fosse septique, neige, tonte Marguerite refusait de soccuper de quoi que ce soit. Elle ne pouvait même pas appeler un artisan seule.

Et si cétait des arnaqueurs ? Des voleurs ? Louis, tu es un homme, ils auront peur de toi. Trouve-moi quelquun de sérieux et reste là.

La patience de Clara céda quand lélectricité sauta de nouveau, en plein automne. Bientôt, Marguerite paniqua.

Clara, demain jachète un générateur pour maman, annonça Louis.

Clara se raidit.

Avec notre argent ? Cest pas donné, ça.

Bah ouais. Tu sais bien quelle est juste avec sa retraite. Elle a tout dépensé après la vente de son appart.

Super. Donc on finance son rêve maintenant. Louis, ta mère en veut un peu trop, non ?

Il fit la grimace.

Arrête. Lélectricité est nulle là-bas. Tu veux quelle gèle ?

Clara roula des yeux mais avala encore la pilule.

Maintenant, elle était seule dans leur chambre, songeant au divorce. Après tout, son mari était toujours ailleurs. Mais leur vie nétait pas si mal Non, trop radical. Il fallait autre chose.

Et elle trouva

Une semaine plus tard, Clara se leva tôt, shabilla en silence. Louis se réveilla à moitié.

Tu vas où si tôt ?

Chez mes parents, répondit-elle calmement.

Quoi ? Aujourdhui ? Jai promis à maman de tailler les branches.

Tu ne mas pas demandé. Moi aussi, jai des parents. Maintenant, cest comme ça : un week-end pour ta mère, un pour les miens. Ah, et la liste des trucs à faire est sur le frigo. Noublie pas les devoirs des enfants. Et fais-leur une pizza, ils en ont envie.

Elle sortit, sentant son regard dans son dos, mais ne se retourna pas. En route, elle réalisa quelle ne pensait à rien durgent pour une fois.

Chez ses parents, elle rangea un peu, puis se reposa. Lue un livre sur la balancelle, rit en é

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