Pas de réduction pour les liens familiaux

Il ny a pas de passe-droit pour la famille
Tu la rabaisses exprès ! Pourquoi tu lui en veux comme ça, Hélène ?
Elle na quà ne pas perturber mes cours. Je mets des notes justes. Ta petite Manon, excuse-moi, se comporte comme une petite reine.

Hélène se tenait près du bureau de la maîtresse, vêtue dun tailleur impeccablement repassé, les cheveux soigneusement coiffés et un sourire aimable aux lèvres. Mais derrière cette douceur se cachait un venin sournois.

Sur le mur étaient accrochés les meilleurs travaux des élèves. Curieusement, aucun de ceux de Manon ny figurait. Pourtant, la fillette remportait souvent des prix aux concours municipaux.

Arrête de mentir ! Je connais Manon. Pour elle, les arts plastiques, cest sacré. Elle ne se comporterait pas mal. Et même si cétait le cas, tu ne devrais pas noter son comportement ! Tu lui mets des mauvaises notes parce que…
Parce quelle bavarde au lieu de dessiner, coupa Hélène avec calme. Écoute, Inès, ce nest pas parce que sa grand-mère affiche ses dessins sur le frigo quelle mérite des bonnes notes sans effort. Je ne fais pas de favoritisme familial.

Inès plissa les yeux et lança un regard brûlant à Hélène. Derrière la porte entrouverte, on aperçut la veste framboise de Manon. La fillette attendait sa mère et avait sans doute tout entendu.

Tout cela semblait profondément injuste, mais Inès commençait à comprendre doù venait le problème.

Inès et Hélène étaient toutes deux les belles-filles de Martine. Leur belle-mère était une femme douce, parfois trop indulgente. Elle les aimait toutes les deux, mais avait une préférence pour Inès. Peut-être parce que celle-ci ne dissimulait pas sa méchanceté derrière un sourire hypocrite.

À Noël, Hélène avait reçu de Martine un coffret de shampooing et gel douche, tandis quInès avait eu un livre et un marque-page en métal fin. Deux cadeaux modestes, mais le second trahissait une attention plus profonde.

Excuse-moi, Hélène… Je ne savais pas quoi toffrir, sétait justifiée Martine.

La différence se ressentait aussi dans les compliments. Martine félicitait ses deux belles-filles, mais Inès un peu plus souvent. Tout comme Manon.

Oh, quel chef-dœuvre ! Une future artiste. Des doigts de fée, cest sûr, sextase la grand-mère quand Manon lui apporte un nouveau dessin, quelle accroche aussitôt au frigo.

Hélène se mit aussi à rapporter ostensiblement les travaux de son fils. Une carte, un portrait de sa grand-mère. On sentait que le garçon sy était mis à contrecoeur. Il ne remettait jamais ses dessins en personne et restait indifférent aux éloges.

Oh, un artiste lui aussi ! sexclamait Martine. Mais pourquoi mes cheveux sont-ils verts ?
Je navais pas de crayon jaune sous la main, haussait les épaules le garçon.

Martine accordait de lattention à ses deux petits-enfants, mais admirait bien plus les œuvres de Manon. Il y avait de quoi : natures mortes, paysages, dessins danimaux… Loin des grands maîtres, certes, mais elle dessinait mieux que bien des adultes.

Puis cette guerre unilatérale monta dun cran. Hélène inscrivit son fils à lécole darts plastiques, la même que Manon. Le garçon nen avait, disons-le, aucune envie.

Je ne veux pas ! Cest ennuyeux ! se plaignit-il quand Hélène annonça, lors dun dîner familial, quil était temps de partir en cours.
Tu ny vas pas pour tamuser, mais pour apprendre, répondit doucement sa mère, sous laquelle perçait une inflexible obstination.

Hélène glissait à Martine croquis et travaux médiocres, insistant sur le « progrès visible ». Mais dans les yeux de sa belle-mère, jamais cette admiration quelle convoitait tant. Peut-être était-ce pour cela quHélène franchit un pas de plus.

Maman, cest tante Hélène qui nous fait les arts plastiques maintenant ! Tu te rends compte ? annonça un jour Manon.

Inès se raidit à cette nouvelle, mais nen laissa rien paraître. Elle sourit simplement à sa fille.

Les deux premières semaines se passèrent sans histoire. Puis vinrent les mauvaises notes, les remarques dans le carnet. Certes, il y eut des accalmies. Mais dès que Martine complimentait Manon lors dune réunion familiale, la fillette rapportait un nouveau « canard ».

Et voilà quInès décida de comprendre et de défendre sa fille. Mais la conversation tourna court.

Sérieusement ? Tout ça à cause de mamie ? Hélène, elle fait de son mieux. Elle vit pour ça, tu le sais bien. Et toi… tu te venges sur une enfant sans raison.

Hélène se contenta de ricaner.

Elle na quà faire plus defforts si elle veut de bonnes notes.

Quand Inès sortit du bureau, Manon attendait toujours devant la porte, se tordant les mains nerveusement. Elle ne dit rien. Elle suivit simplement sa mère.

Ma puce, ne tinquiète pas. Maman va sen occuper, murmura Inès.

Dhabitude peu encline aux conflits, Inès sentit cette fois que se taire serait trahir sa propre fille.

Elle commença par son mari. Comme toujours, il resta neutre. André estimait qu« il faut régler les affaires de famille calmement, sans

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A Nora Difícil