Et si c’était elle qui en avait le plus besoin ?

Maëlle, mais arrête un peu Tu es jolie, tu es entourée dhommes. Pour Laurène, cest peut-être son dernier espoir, murmura Nathalie en tentant de calmer sa fille.

Maëlle faillit sétouffer avec un biscuit. Un de ceux que sa mère réservait aux invités de marque. Sauf quaujourdhui, ce nétait pas de biscuits dont elle avait besoin, mais dun peu dempathie. Et voilà que sa mère prenait la défense de sa sœur.

Maman, tes sérieuse ? Sa voix tremblait. Cest tout ce que tu trouves à me dire ?

Nathalie haussa les épaules et posa délicatement sa tasse sur la soucoupe.

Quest-ce que tu veux que je te dise ? rétorqua-t-elle avec un soupçon de reproche. Bon, daccord, Jérôme ta trompée avec Laurène. Pas très sympa. Mais quest-ce que tu veux que jy fasse ? Faut pas en faire un drame.

Les mots semblaient raisonnables, mais le sous-texte Comme si Nathalie ne trouvait rien de vraiment grave à cette situation. Maëlle détourna le regard. Elle tirait nerveusement sur la manche de son pull. On aurait dit quon lui avait arraché une poignée de nerfs, laissant un vide béant dans sa poitrine.

Elle navait même plus envie de pleurer. Elle voulait juste que quelquun reconnaisse ce quil sétait passé dans cette famille. Mais tout le monde agissait comme si cétait normal.

Pour sa mère, cétait simple : Maëlle travaillait dans un milieu masculin, elle était charmante, elle trouverait bien un autre homme.

Laurène, elle, était un cas désespéré. Littéralement. Elle avait dépassé la quarantaine, et les cent kilos. Elle ne prenait pas soin delle, sortait à peine de chez elle, et navait aucune occasion de rencontrer quelquun. En trente ans, elle navait connu que deux relations sérieuses, et aucune navait duré plus dun an.

Le problème, cétait que Nathalie parlait des gens et des sentiments comme de simples objets. Comme si partager un mari était une évidence. Pour Maëlle, cétait incompréhensible.

Et pour couronner le tout, Jérôme nétait même pas considéré comme un vrai homme jusquà récemment.

Maëlle, ma pauvre chérie, pourquoi tu taccroches à ce Jérôme ? Trouve-toi un homme digne de ce nom, lui conseillait sa mère il y a un an à peine.
Ou alors, mets-le au boulot. Cest toi qui paies tout, qui toccupes de tout. Forcément, il se la coule douce. Les hommes, ça ne se sent virils que tant quon leur résiste. Dès quune femme cède, ils sennuient. Et toi, tu te comportes comme un paillasson, ajoutait Laurène dun ton docte.

Quand il sagissait des relations des autres, Laurène se transformait en experte. Elle lisait des bouquins de psychologie et suivait des coachs en séduction sur YouTube, mais dans la vraie vie, rien ne marchait pour elle. Pourtant, elle continuait dattendre son prince charmant.

Maëlle en voulait à sa sœur, mais sur un point, elle avait raison : Jérôme sétait relâché. Au début de leur relation, il lui avait avoué :

Je ne sais pas ce que je veux faire. Jai fait des études de gestion pour faire plaisir à mes parents. Léconomie, cest pas mon truc. Par contre, je mentends bien avec les gens.

À lépoque, Jérôme venait davoir son diplôme, et Maëlle trouvait ça attendrissant. Il était honnête, cherchait sa voie, faisait des efforts. Mais ses recherches avaient duré cinq longues années.

Dabord, il avait vendu des téléphones. Puis il avait tenté limmobilier. Ensuite, il avait tenu un blog, trié des colis, cherché des missions en freelance. Et il répétait sans cesse que cétait provisoire, quil allait percer.

Pendant ce temps, cétait Maëlle qui payait le loyer, les courses et les factures. En théorie, ils devaient partager les dépenses à parts égales. En pratique, cétait une autre histoire.

Maëlle, je dois te dire Ma prime est tombée à leau, mon patron ma mis une amende. Ce type est un radin, il veut économiser sur les salaires Tu comprends. Ce mois-ci, cest toi qui paies le loyer, bredouillait-il, les yeux baissés, deux jours avant la date butoir.

Et ça se répétait. Maëlle encaissait, comblait les trous, travaillait le week-end. Elle espérait que Jérôme finirait par devenir sérieux.

Il avait changé, en effet. Puis il lavait trompée.

La sixième année, il avait décroché un poste dans une boîte dinformatique, aux ressources humaines. Enfin, il rapportait de largent à la maison. Au début, ça les avait presque déstabilisés. Ils avaient fêté ça : commandé des repas, refait leurs garde-robe, sétaient offert des folies. Ils étaient même partis en voyage.

Puis ils avaient commencé à épargner. Pour une voiture, ou un enfant.

Et là, belle-maman et Laurène avaient enfin reconnu Jérôme.

Nathalie, qui fronçait les sourcils au simple mention de son gendre, déclarait maintenant :

Finalement, ton Jérôme a du bon. Il a mis du temps, mais il a trouvé sa voie. Et toi, tu as été patiente. Prends-en soin, les hommes comme ça, cest rare.

Laurène, elle, commença à passer plus souvent, à appeler plus souvent. Dabord pour un café, puis pour demander des services. Son ordinateur plantait, sa voiture faisait un bizarre, elle avait besoin daide pour déplacer un meuble.

Maëlle ny prêtait pas attention. Elle croyait vivre une idylle. Tout le monde sentendait bien.

Trop bien, même.

Tout a basculé un mardi comme les autres. Maëlle nétait ni rentrée tôt, ni en retard. Elle arriva à lheure habituelle et surprit Jérôme avec Laurène. Ils ne semblaient même pas gênés. Peut-être même quils voulaient quelle les voie.

Maëlle ouvrit larmoire et commença à balancer des vêtements sur Jérôme. Laurène en prit aussi. Verbalement, surtout.

Maëlle, écoute, cest pas fait exprès ! se défendit Laurène, comme sil sagissait dun vase cassé par inadvertance. On ne voulait pas que ça arrive. Mais maintenant que cest fait Peut-être que cest mieux comme ça ?
Je suis tombé amoureux de Laurène, jadore les femmes pulpeuses, avoua Jérôme. Je ne savais juste pas comment ne pas tout perdre.

On aurait dit que Maëlle navait été quune étape. La douleur était telle quelle ne pouvait plus rester avec ces traîtres, dans cet appartement. Elle senfuit chez sa mère. Sans bagages. Elle voulait pleurer dans ses bras.

Eh bien, elle avait pleuré.

Maman, tu parles comme si, parce que Laurène na personne, elle a le droit de me prendre mon mari Tu penses vraiment que cest normal ?
Maëlle, tu dramatises. La vie, cest dur, répondit Nathalie avec lair dune professeure omnisciente. Tu es adulte. Bon, il est parti. Il ne ta pas frappée, ni tuée.

Maëlle se leva dun coup, renversant sa tasse. Le thé se répandit sur la nappe blanche.

Оцініть статтю
Додати коментар

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

six + 6 =

Et si c’était elle qui en avait le plus besoin ?
Traição do marido: amante grávida abala casamento português